Nouvelle Coupe !

Nouvelle Coupe !

# Posté le jeudi 22 janvier 2009 14:54

Nouvelle Coupe !

Nouvelle Coupe !

# Posté le jeudi 22 janvier 2009 14:52

Vole petit oiseau, vole.

Vole petit oiseau, vole.

Sur le chemin pavé qui mène aux petites boutiques de souvenirs, je ne peux m'empêcher de ralentir devant l'immense porte vitrée de l'immeuble qui fait face au mien. Il y a longtemps que je ne suis plus venue par ici. Certainement parce que le lieu renferme un grand nombre de souvenirs dont j'aimerais bien me débarrasser, pour toujours. Mon regard s'arrête sur l'une des fenêtres du couloir du second étage. Une petite fille dévale à toute hâte les escaliers en colimaçon. Lorsqu'elle franchit la lourde porte, je suis tout à coup transportée quelques années auparavant. Elle doit avoir huit ans, à peine. Comme moi. Je la suis du regard. Elle court aussi vite que le lui permettent ses petites jambes, comme moi. Elle ne m'a pas vue, pourtant j'étais juste en face d'elle. Elle m'aurait percutée si je ne m'étais pas poussée pour lui céder le passage. Elle a tourné au coin de la rue, je ne peux plus la voir. Pourtant je sais ce qu'elle fait. Elle court encore à en perdre haleine. Elle va s'arrêter juste devant la porte de son appartement, à l'intérieur duquel ses parents feront tranquillement la sieste en attendant qu'elle revienne de la piscine avant de partir en famille à la plage, comme ils en avaient décidé au cours du repas le midi même. Elle restera devant cette porte, comme tétanisée. Elle tentera en vain de calmer les battements de son c½ur manquant à chaque fois de céder. Elle tremblera tellement qu'elle n'arrivera même pas à ouvrir la porte. Elle se laissera glisser le long du mur, attendant que quelqu'un veuille bien lui ouvrir. Elle ne pourra s'empêcher de jeter de rapides coups d'½il à droite, à gauche, espérant au fond d'elle qu'il ne l'ait pas suivie.
Dans sa
tête, les images de ce qu'elle vient de vivre se bousculent sans jamais s'arrêter. Elle est prête à tout pour les faire cesser. Elle se cogne la tête contre le mur, les larmes inondent son visage de poupée. Rien ne sera plus jamais pareil désormais. Elle le sait, elle l'a compris au moment où il a posé ses grosses mains sales sur elle. Il avait pourtant dit qu'il souhaitait lui montre son petit oiseau. Sous son visage d'ange, le monde s'écroule. Le château de princesse n'est que ruine, le prince est un monstre vicieux et pervers, le soleil à laissé place à la pluie. Rien ne sera jamais plus pareil. Voilà déjà une demi-heure qu'elle est assise devant sa porte. Elle a cessé d'espérer que les images s'effacent. Elle a cessé de guetter sa venue, il ne l'a pas suivie. Elle laisse aller son imagination, elle préfère rêver encore un peu, juste quelques minutes. Quand elle sera plus grande, elle le retrouvera. Il aura beau se cacher, elle le retrouvera.
E
lle soupire, c'est impossible, elle ne sait pas à quoi il ressemble. Elle était trop tétanisée pour se souvenir du moindre de ses traits. Elle se laisse aller à pleurer, encore une fois. Un bruit se fait entendre derrière la porte. Elle se redresse, arrange sa coiffure. La porte s'ouvre. Le visage encore endormi, sa mère lui demande : « Pourquoi pleures-tu ma puce ? » La lueur de peur qui avait alors pris place dans le regard de la petite fille s'efface soudain, le laissant froid, vide, sans expression. « Je n'arrivais pas à ouvrir ».
La lourde p
orte vitrée s'ouvre une nouvelle fois. Je sors de l'immeuble d'un pas lent, calme. La colère qui m'avait envahie quelques minutes plus tôt, dans l'appartement de ce rapace à l'affut de proies faciles et fragiles, s'est dissipée. Il n'aurait pas dû nier. Il n'aurait pas dû se moquer de moi. Je crois qu'il l'a compris, au moment où la baie vitrée a cédée sous son poids, et que la rambarde l'a fait basculer de l'autre côté. Il n'aurait pas dû, mais il ne le fera plus.
Dehors, un
attroupement s'est formé. Personne ne cri, personne ne pleure. Les parents de la petite fille qui passaient par là pour rejoindre la plage se sont arrêtés. Ils empêchent leur petite fille de voir l'horrible spectacle qui s'offre à eux. Il est là, face à terre. Elle tourne la tête, croise mon regard et me sourit. Elle m'a vue. Il ne recommencera plus, elle le sait.

.moi.

# Posté le lundi 22 décembre 2008 06:07

Modifié le lundi 22 décembre 2008 06:25

Une odeur de roses.

Une odeur de roses.

Dehors, allongée dans l'herbe, une jeune femme rousse fixe intensément le soleil. Il lui brûle les yeux. Elle s'en rend compte, mais ne veut le quitter pour rien au monde. Sa chaleur lui caresse la peau, ses rayons illuminent ses cheveux. Elle se sent de nouveau vivante, et elle ne saurait dire depuis combien de temps elle n'a plus ressenti cette sensation de bien-être. Elle inspire profondément, respirant le bonheur, et l'odeur des roses à quelques mètres d'elle vient lui chatouiller les narines. Elle ferme les yeux, oubliant momentanément le soleil, et sourit.
Sa mère adorait
les roses. Peu importe la grosseur du bouquet, les différents parfums ou les couleurs plus ou moins extravagantes. Elle les aimait toutes.
Tous les dimanches, elle al
lait au marché avec son père, acheter des fruits et légumes. Elle s'arrêtait systématiquement devant la vitrine du fleuriste, au grand damne de son père qui soufflait dans son dos. Elle observait avec attention chacune des roses, sortait son petit porte-monnaie à l'effigie de son personnage de dessin animé favori, comptait les pièces qu'elle avait accumulée tout au long de la semaine et regardait son père, le regard pétillant.
Le fleuriste la
connaissait bien, à force. Il attendait tout de même qu'elle vienne le chercher pour lui désigner celle qu'elle avait choisie. Elle faisait attention à ce qu'elle ne soit pas trop fanée, qu'elle soit assez colorée, et surtout qu'elle ne ressemble pas trop à celle qu'elle avait achetée la semaine précédente. Elle voulait voir le visage de sa mère s'illuminer devant la couleur surprenante qu'elle aurait choisi.
Les
roses étaient le seul signe de vie dans la chambre qu'occupait sa mère. Elle veillait tous les jours à ce qu'elles aient assez d'eau, et enlevait régulièrement les pétales fanés. Elle se souvint des docteurs et infirmières toujours pressés qui ne prenaient jamais le temps de jeter un coup d'½il à la nouvelle rose, si ce n'était pour lui rappeler que les fleurs étaient normalement interdites pour cause d'allergies. Elle n'y prêtait pas attention et revenait chaque dimanche avec une nouvelle fleur, comme pour les narguer. Un jour qu'elle rentrait seule de l'école, elle avait voulu s'arrêter voir sa mère. Elle s'était retrouvée abasourdie dans l'encadrement de la porte de la chambre. Le visage de sa mère était terne, blanchâtre. De toutes petites rides s'étaient creusées sur ses joues et son front, craquelant son beau visage qu'elle avait si souvent comparé à celui de sa poupée préférée. L'espace d'un instant, elle s'était surprise à comparer le visage vieilli de sa mère à la façade de cet hôpital qu'elle connaissait sur le bout des doigts.
Elle av
ait fait demi-tour sans que sa mère ne l'ait aperçue, et était partie se réfugier dans ce qu'elle appelait son petit coin de paradis. C'était plus précisément la seule pièce qui lui fournissait l'espoir dont elle avait besoin pour tenir le coup face aux caprices de la vie et à ce qui en ressortait. Depuis plus de d'un an, sa mère était prisonnière de ce vieil hôpital aux façades défraichies et aux couloirs humides. Elle ne pouvait s'empêcher de penser que les docteurs feraient bien mieux de faire quelque chose pour empêcher l'humidité de gagner les chambre plutôt que de lui faire la morale parce qu'elle avait encore apporté des fleurs à sa mère. Elle aurait aimé se balader avec elle dans les jardins fleuris ou faire les boutiques de la ville, comme le faisait les autres filles et leurs mères, mais les seules promenades qu'elle pouvait faire avec sa mère se limitaient au morne jardin de l'hôpital.
Dans cett
e pièce, au moins, elle pouvait se laisser aller à rêver d'un remède miracle qui saurait guérir sa mère et la ramènerait à la maison. Elle avait même tenté de créer elle-même ce remède, en vain. Elle sourit à ce souvenir, des larmes aux coins des yeux. Elle avait été assez naïve pour croire qu'un jour sa mère reviendrait dans leur maison, que leur famille serait de nouveau au complet. L'enfance et l'innocence ont au moins ce pouvoir d'optimisme infini, peu importe la situation. Elle regrette ce temps là, celui ou l'on peut se laisser aller à rêver à un monde meilleur, croire que l'on peut rester près de ceux que l'on aime pour toujours. Pour toujours...elle secoue la tête.
Le soleil a d
isparu, caché derrière les nuages. Elle se relève, époussette son pantalon et se dirige vers le vieux bâtiment à qui elle tournait le dos. L'hôpital a cédé sa place à l'université, la mort et la souffrance ont laissés place à l'avenir et le joie de vivre. Certainement le plus grand changement. Aujourd'hui elle n'a plus peur d'entrer dans ce lieu qui avait, il y a longtemps, torturé ses pensées. Aujourd'hui elle na plus peur, elle sait qu'elle est là, à ses côtés. Une odeur de roses l'enveloppe.

.moi.
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# Posté le lundi 22 décembre 2008 06:03

Modifié le lundi 22 décembre 2008 06:26